Le contexte actuel contraint l'Europe à une profonde introspection sur son retard dans le paysage mondial, où l'écart entre les objectifs à atteindre et ceux déjà réalisés se creuse considérablement. Si la progression du commerce chinois constitue un phénomène préoccupant, malgré des mesures parfois efficaces mises en œuvre, le conflit ukrainien et surtout l'ascension de Trump ont entraîné une réduction progressive du rôle politique de l'Europe, y compris sur le plan économique. Ce phénomène, conjugué aux divisions politiques internes et à l'affaiblissement de son influence militaire, place l'Union européenne face à un risque sérieux de dissolution. Le facteur décisif réside dans l'évolution de la position des États-Unis, qui se positionnent comme un adversaire dont l'objectif principal est précisément la division de l'Union, afin d'éviter d'avoir affaire à une entité cohérente. D'abord la menace de droits de douane, puis l'hésitation face à la guerre en Ukraine, et enfin la menace explicite contre le territoire de l'Union, avec l'intention manifeste de conquérir le Groenland, peut-être même par la force. Force est de constater que l'attitude excessivement diplomatique et conciliante de l'Union à l'égard de Trump n'a produit aucun des effets escomptés. Au contraire, cela a alimenté une hostilité accrue de la part du président américain, du fait de l'impression, voire de la certitude, qu'il a affaire à un partenaire faible et divisé. C'est en partie vrai, et cela tient à la structure inflexible de l'Union, encore trop conditionnée par l'unanimité, et à l'absence de décisions et de lois capables de garantir un gouvernement apte à transcender les intérêts individuels au profit du bien commun. Pour ne pas froisser la Maison Blanche, le dialogue avec la Chine a également été sacrifié, de même que les relations avec Moscou, incapable de sanctionner sérieusement le Kremlin, notamment par le recours aux réserves russes en Europe, laissant ainsi l'Union en état de faiblesse. Mais la position de la Maison Blanche, qui est le pire facteur pour l'Union, était prévisible. Depuis la présidence d'Obama, les intérêts américains se sont de plus en plus concentrés sur l'Est, et la première présidence de Trump ainsi que la dernière campagne présidentielle avaient déjà inquiété les États-Unis quant à une possible nouvelle orientation de leur politique étrangère. Il n'y a eu aucune volonté de mettre en œuvre une autonomie permettant de s'émanciper, même au sein d'une alliance, de l'alliance avec les États-Unis. L'incapacité à développer une indépendance militaire, soutenue par une industrie de guerre européenne adéquate, perpétue la soumission actuelle à Washington. Sur le plan international, l'Union semble trop hésitante à nouer des alliances plus étroites avec des partenaires tout aussi désireux de s'affranchir du joug américain, tels que l'Australie, le Japon et la Corée du Sud. Il est tout aussi nécessaire de renouer des liens étroits avec le Royaume-Uni afin d'obtenir le retour de Londres au sein de l'Union, tout comme il est indispensable d'associer le Canada à Bruxelles pour étendre les frontières de l'Union outre-mer et à la frontière américaine. De telles alliances pourraient attirer des investissements capables de développer des industries de haute technologie, rendant ainsi l'indépendance vis-à-vis des États-Unis une réalité et permettant de contrer la volonté d'imposer des droits de douane sur ses produits, notamment grâce à l'immensité du territoire disponible pour créer des zones commerciales quasi imperméables à l'influence américaine, voire chinoise. L'élément indispensable en Europe pour progresser vers cette situation est sans aucun doute l'abandon progressif de la souveraineté, en particulier sur des questions cruciales telles que la politique étrangère, et donc militaire, ainsi que sur certains aspects de la politique industrielle des États membres. En contrepartie, cela permettrait de jouer un rôle de puissance majeure sur toutes les scènes internationales et de promouvoir les idéaux démocratiques en traitant d'égal à égal avec les grandes puissances, sans être confronté aux menaces et aux désavantages que l'avenir immédiat semble inévitablement réserver.
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