La seconde présidence de Trump a mis en lumière une posture de défense qui relègue l'Europe au second plan. La survie même de l'Alliance atlantique, telle que nous la connaissions jusqu'à présent, est sérieusement compromise. Cette situation s'accompagne de menaces de droits de douane et de visées sur le Groenland, en totale contradiction avec les normes des relations entre Washington et ses alliés. Seul le traité START sur le nucléaire iranien maintenait un certain ordre en matière d'armement nucléaire. Une fois ce traité expiré, une période d'incertitude s'ouvre et l'Europe devra se doter de sa propre défense nucléaire. La Guerre froide garantissait la protection de toute l'Europe grâce aux États-Unis, mais la situation a changé : nous ne sommes plus dans un contexte bipolaire et, surtout, Trump ne semble pas disposé à utiliser la puissance nucléaire américaine pour défendre le vieux continent contre une éventuelle attaque russe. Le premier effet tangible sur la scène internationale est la fin de l'opposition historique de l'Allemagne à un bouclier nucléaire, non pas national, mais européen. D'autres pays européens, comme la Suède et la Pologne, et certainement les pays baltes, sont également ouverts à la possibilité d'un recours immédiat au bouclier nucléaire français. L'exemple ukrainien est révélateur. Lors de la dissolution de l'Union soviétique, Kiev était la deuxième puissance nucléaire mondiale, précisément du fait de sa proximité avec l'Europe. Ayant cédé l'ensemble de son arsenal nucléaire à la Russie en échange d'un traité de non-agression manifestement violé par Moscou, elle a perdu sa capacité de dissuasion face aux attaques du Kremlin. Pour l'Europe, la solution française et, peut-être, britannique ne représente qu'une mesure transitoire, qu'il convient de dépasser pour renforcer la défense du continent. Cela exige des investissements massifs et une volonté politique adéquate, tant au niveau national que régional, ainsi qu'un changement d'attitude au sein de la société. Habituer les populations non pas à un réarmement traditionnel, mais à l'armement nucléaire, ne fera qu'engendrer de fortes tensions. Se doter de l'arme nucléaire n'est pas chose instantanée ; cela requiert des années et une expertise technique dont l'Union européenne ne dispose peut-être pas. Dans l'immédiat, il est donc impossible d'être totalement indépendant des États-Unis, qu'il faut convaincre de poursuivre la défense européenne. Il est cependant essentiel de commencer dès maintenant à s'organiser pour se doter d'une force de dissuasion nucléaire. Cela contribuera certainement à instaurer un nouvel équilibre en matière de terrorisme, mais ne laissera pas l'Europe sans défense face aux menaces géopolitiques, d'où qu'elles viennent. De plus, bien que ce bouclier soit actuellement assuré par la France, Paris n'entend pas offrir cette protection gratuitement. Cela nécessite des investissements non seulement de la part de la République française, mais aussi du fait que la France conserve l'autorité exclusive de lancer une attaque nucléaire. Cependant, au-delà de ces limitations, qui peuvent même paraître légitimes, l'arsenal nucléaire français ne compte que 290 ogives nucléaires, ce qui constitue une protection limitée comparée aux plus de 4 300 ogives de la Russie et même aux 3 700 ogives des États-Unis. Or, si l'on considère les États potentiellement hostiles, outre les États-Unis, tels que la Russie, la Chine et la Corée du Nord, sans oublier des acteurs comme le Pakistan et l'Inde, qui pourraient avoir intérêt à menacer l'Europe, la nécessité d'un arsenal commun à l'Union européenne devient, malheureusement, urgente et ne peut être différée. L'Union européenne ne dispose actuellement que de peu ou pas de défense contre les menaces de toutes sortes et, ne pouvant plus compter sur la protection américaine, elle est extrêmement vulnérable. De nouveaux accords doivent être établis avec Washington afin de protéger l'Europe pendant la période limitée nécessaire pour devenir une puissance nucléaire à part entière.
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